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La question du vote blanc

lundi 19 février 2007, par JMG


Sommaire

Le débat

Présentation

Parmi toutes les propositions de loi tendant à une reconnaissance du vote blanc, l’une d’entre elles a fait l’objet d’un examen en commission et d’un débat en séance en 2003.

La version adoptée par l’Assemblée Nationale le 30 janvier 2003, (texte adopté n°82) se borne à accepter le principe d’un décompte séparé des votes blancs, mais sans les prendre en compte dans les suffrages exprimés, et sans mise à disposition de bulletins blancs, les électeurs devant toujours les confectionner eux-mêmes.
Cette proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale, est depuis en sommeil au Sénat qui ne l’a inscrite à l’ordre du jour. (Elle n’est donc toujours pas applicable).

L’examen en commission des lois et la discussion en séance publique à l’Assemblée Nationale reprennent la plupart des arguments pour et contre le vote blanc.
C’est principalement un résumé de cette discussion que nous vous livrons ici.

Nos sources

Les militants du vote blanc

Autres sites

La loi : Le code électoral

Source http://www.legifrance.gouv.fr

Article L65

...Dans les bureaux de vote dotés d’une machine à voter, le président, à la fin des opérations de vote, rend visibles les compteurs totalisant les suffrages obtenus par chaque liste ou chaque candidat ainsi que les votes blancs....

Article L66

Les bulletins blancs, ceux ne contenant pas une désignation suffisante ou dans lesquels les votants se sont fait connaître, les bulletins trouvés dans l’urne sans enveloppe ou dans des enveloppes non réglementaires, les bulletins écrits sur papier de couleur, les bulletins ou enveloppes portant des signes intérieurs ou extérieurs de reconnaissance, les bulletins ou enveloppes portant des mentions injurieuses pour les candidats ou pour des tiers n’entrent pas en compte dans le résultat du dépouillement.

Mais ils sont annexés au procès-verbal ainsi que les enveloppes non réglementaires et contresignés par les membres du bureau.
...

Cet article réserve aux bulletins blancs un sort identique à celui des bulletins nuls. Outre le fait qu’ils ne sont pas comptabilisés dans les suffrages exprimés, ils ne font pas l’objet d’un décompte séparé.

Les enveloppes vide ne sont pas traitées et passe dans les nuls

Les votes comptés comme blancs ne concerne que les bulletins blancs trouvés dans les enveloppes

Sans rapport direct avec le vote blanc mais pour le plaisir Article L97

Ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, auront surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter, seront punis d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 15 000 euros.

Les promesses électorales de circonstance font-elles partie des fausses nouvelles ?
Attention aux appels à l’abstention !

Proposition de loi
tendant à la reconnaissance du vote blanc aux élections

de MM. Jean-Pierre Abelin, Pierre Albertini et Hervé Morin,
n° 501, déposée le 18 décembre 2002.

Article 1er

Après le premier alinéa de l’article L. 58 du code électoral, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

"Le maire doit déposer sur cette même table des bulletins blancs dont le nombre doit correspondre à celui des électeurs inscrits."

Article 2

Le troisième alinéa de l’article L. 65 du même code est complété par une phrase ainsi rédigée :

"Les bulletins blancs sont décomptés séparément et entrent en compte pour la détermination des suffrages exprimés."

Article 3

Dans le premier alinéa de l’article L. 66 du code électoral, les mots : "blancs, ceux" sont supprimés.

______________________________________________________

La prise en considération des bulletins blancs apporterait à notre démocratie une série d’avantages :

- Elle permettrait, d’une part, de réduire le phénomène abstentionniste particulièrement préjudiciable à la vie démocratique.

- Elle permettrait, d’autre part, de mesurer le degré d’insatisfaction de nos concitoyens et de rechercher une meilleure adéquation entre les propositions de la classe politique et les attentes des Français.

- Elle permettrait, enfin, de limiter la tentation des votes extrémistes qui sont davantage un exutoire pour les mécontents qu’un véritable choix en faveur d’un programme politique.

TEXTE ADOPTÉ PAR LA COMMISSION

PROPOSITION DE LOI TENDANT À LA RECONNAISSANCE

DU VOTE BLANC AUX ÉLECTIONS

Article premier

Le troisième alinéa de l’article L. 65 du code électoral est complété par deux phrases ainsi rédigées :

" Les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Ils n’entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait mention dans les résultats des scrutins. "

Article 2

Dans le premier alinéa de l’article L. 66 du code électoral, les mots : " blancs, ceux " sont supprimés

Article 3 (nouveau)

I. - Le code électoral est ainsi modifié  :

1° Dans l’article L. 334-6, les mots : "ne portant aucune désignation, ceux" sont supprimés ;

2° Le 1° de l’article L. 391 est abrogé.

II. - Les dispositions de la présente loi sont applicables en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et dans les îles Wallis et Futuna.

Délibéré en séance publique, à Paris, le 30 janvier 2003.
Le Président, Signé : Jean-Louis DEBRÉ.

Le Débat

Respecter l’intention de l’électeur

Pour
Actuellement, le code électoral assimile les bulletins blancs aux bulletins nuls et exclut leur comptabilisation des suffrages exprimés. Le vote blanc se distingue pourtant du vote nul comme de l’abstention. Il permet au citoyen de remplir son devoir électoral tout en signifiant clairement qu’il ne veut ni des uns ni des autres.
...
La prise en compte du vote blanc dans les suffrages exprimés conduirait à défavoriser l’ensemble des candidats, alors que son exclusion actuelle les favorise. En conséquence, en rétablissant l’audience exacte des candidats, qui est actuellement gonflée artificiellement, la prise en compte des bulletins blancs dans les suffrages exprimés serait incontestablement plus respectueuse de l’intention des électeurs...et permettrait d’abord de reconnaître les électeurs dans leur diversité et de mieux prendre en compte l’expression de leur volonté.
...
Une demande récurrente en faveur de la reconnaissance du vote blanc
Dans l’opinion publique, la demande en faveur de la reconnaissance du vote blanc est forte.
Peu importe qu’aucun candidat ne convienne, mettre dans l’urne un bulletin blanc c’est voter. La conscience de chacun est donc respectée, la liberté ne reçoit pas d’atteinte ".
Le bulletin blanc est une manière spécifique d’exprimer son opinion. Il doit en être fait mention dans le compte servant à exprimer la majorité.

Le vote blanc marque prioritairement le refus des candidats en présence.
Selon un sondage réalisé par l’Institut français d’opinion publique (IFOP), les 9 et 10 avril 1998, lorsqu’on demande aux personnes interrogées leur motivation pour voter blanc, ils répondent le plus souvent qu’il s’agit du refus des candidats en présence (36 %), de l’hostilité à l’égard de la politique (35 %) et moins fréquemment du désintérêt (13  %) ou du manque d’information (11 %).

Dominique Paillé (Dépôt 2646 - 18 octobre 2000 Nouveau dépôt N° 486 18 décembre 2002) : Le vote blanc est le fait pour un électeur d’accomplir son devoir civique en participant au scrutin mais de refuser d’opérer un choix entre les options qui lui sont proposées ou les candidats en lice. Soit parce qu’il n’a pas d’opinion définitivement arrêtée sur la question posée, soit parce qu’il désire exprimer son insatisfaction face aux alternatives qui lui sont soumises. Le vote blanc est donc un acte positif qui apparaît comme un mode normal d’expression.

Les élus ne tiendraient-ils pas compte de ces voix si elles étaient officialisées ? N’est ce pas un moyen d’améliorer le système démocratique ?
Le vote blanc est le seul moyen "sain" de protester contre le manque de choix que nous laisse la classe politique.
- Pourquoi me déplacerais-je quand je sais que mon choix ne comptera pas ?
- Je ne me sens pas de Devoir puisque je n’ai pas le Droit à l’expression.

Un Indicateur pour les partis politiques

Le recensement du vote blanc constituerait un indicateur d’insatisfaction utile pour les partis politiques, un aiguillon pour les appeler à se transformer et à mieux répondre aux demandes des électeurs. Il améliorerait la relation entre le pouvoir et la population

Contre
M. Bruno Le Roux a considéré que c’était le propre des démocraties de ne pas offrir aux électeurs un choix parfait ; jugeant dès lors indispensable d’éduquer le citoyen pour l’inciter à choisir entre des candidats qui ne correspondent pas parfaitement à ses aspirations, il a estimé que l’introduction du vote blanc aurait pour effet, au contraire, d’encourager les électeurs à la facilité

M. Jacques Brunhes : Le vote blanc, n’offre rien en termes politiques. Il ne fait que fédérer les oppositions les plus diverses et peut mener à tous les populismes, à tous les anti-parlementarismes. Il n’est qu’un révélateur de la crise. Le reconnaître serait grave pour notre démocratie

M. Émile Zuccarelli - J’irai droit au but : je suis totalement opposé à la réforme proposée, qui tend à faire du vote blanc un vote " normal ".

Contre : L’intention des électeurs qui recourent aux bulletins blancs est difficilement déchiffrable il faut tenir compte de ceux qui souhaitent rester neutres.

La position finalement adoptée

Reconnaissant que le vote blanc répondait à un besoin des électeurs d’exprimer leur refus de choisir un candidat, le Président Pascal Clément a souhaité
que puissent être décomptés séparément les votes blancs sans qu’ils soient pris en compte dans les suffrages exprimés

Avis non développé dans la discussion
Dominique Reynié, chercheur au Cevipof
(http://www.tns-sofres.com/etudes/dossiers/presi2002/itv_reynie.htm)
L’hostilité au vote blanc se justifie d’abord par une raison simple  : si l’on conteste l’offre de candidatures, plutôt que d’appeler à voter " blanc ", il est plus cohérent de se porter candidat. En principe, chacun peut être candidat. Toute personne qui veut contester l’offre politique peut aussi bien contribuer à l’améliorer. Dans une campagne électorale, chaque citoyen est, au moins de droit, partie prenante. Chacun a son mot à dire d’une manière ou d’une autre. Dans cette perspective, le vote blanc peut être assimilé à une contestation tardive. Dans l’isoloir, le jour du vote, il est un peu tard pour contester l’offre électorale.

Le vote blanc comme exutoire civique

Pour
MM. Jean-Pierre Abelin, Pierre Albertini et Hervé Morin (Auteurs de la proposition de loi)

... Les motivations de vote de l’électeur "blanc" ne sont ni le désintérêt ni le manque d’information mais avant tout le refus des candidats en présence et l’hostilité à la politique proposée....
Reconnaître le vote blanc rencontre la faveur d’environ 60 % des personnes consultées par l’IFOP contre 40 % d’avis contraire... quelle que soit l’orientation politique des personnes interrogées, une majorité se prononce en ce sens, à gauche, à droite ou à l’extrême droite.
... La question posée est donc claire : vaut-il mieux reconnaître le vote blanc comme exutoire civique et élargir ainsi l’offre politique ou encourager une expression protestataire nettement plus périlleuse pour la démocratie ?
La reconnaissance du vote blanc permet d’inscrire la contestation dans un acte citoyen.

Réduction du vote extrémiste

Pour
La prise en considération du vote blanc détournerait un certain nombre d’électeurs du vote extrémiste ; le vote en faveur des partis d’extrême droite ou d’extrême gauche est, pour certains d’entre eux, davantage un exutoire à leur mécontentement qu’un véritable choix en faveur d’un programme politique. Le sondage réalisé par l’IFOP, les 9 et 10 avril 1998, sur le vote blanc confirme cette analyse, car il montre que, si le vote blanc avait été pris en compte aux élections régionales, le Front national aurait été le parti perdant le plus de suffrages exprimés : son score aurait été ramené de 15,5 % à 8 %.

Contre
M. Robert Pandraud . Il s’est également inscrit en faux contre l’argument selon lequel la prise en compte du vote blanc permettrait de diminuer le poids électoral des partis extrémistes, ces partis disposant d’une légitimité qui leur était propre et contribuant à la réflexion, puisque les partis modérés eux-mêmes puisaient parfois dans leur corpus idéologique
Le président Pascal Clément Il a exprimé son scepticisme envers les analyses présentant la reconnaissance du vote blanc comme un rempart contre les votes en faveur des partis extrémistes, estimant que la part croissante qu’ils recueillent trouvait son origine dans la bipolarisation et le rapprochement des politiques suivies par les partis gouvernementaux
Exprimant ses réserves à l’égard de la proposition de loi, M. Gérard Léonard a souligné que le fait d’enregistrer officiellement les votes blancs ne constituerait en aucun cas une réponse suffisante au séisme qu’a représenté le vote du 21 avril 2002, ni à la progression de l’abstention
M. Guy Geoffroy a jugé qu’une reconnaissance du vote blanc ne constituait pas une réponse au désamour exprimé par nos concitoyens à l’égard de la politique, dont les causes devaient être recherchées dans la nature et la qualité de l’offre politique.

Réduction du phénomène abstentionniste

Pour
M. Bernard Roman Pour moi, ce qui fragilise les élus, c’est d’être mal élus. Scrutin après scrutin, on voit que le total des abstentions, des votes blancs ou nuls, et des non-inscrits représente 50 % de la population. Depuis 1993, le vote blanc est de 5 % en moyenne pour les élections législatives ou présidentielles, et dépasse largement ce niveau dans de nombreuses circonscriptions et dans les élections locales.

Quand on vote blanc, on manifeste une insatisfaction, une attente, l’espoir d’être entendu. Le non-choix est un choix. Cela n’a rien à voir avec l’abstention, ou avec la non-inscription sur les listes électorales, qui signifient un désengagement, un rejet de la politique.
Nier que la reconnaissance du vote blanc fasse reculer l’abstention ou le vote protestataire n’est pas honnête. Ce que disent les électeurs, c’est qu’il faut les respecter. Cela suppose qu’on leur permette d’exprimer leur opinion, au lieu de les obliger à se prononcer par défaut ou à s’abstenir. Le respect de la liberté de l’électeur impose d’entendre sa voix
La reconnaissance du vote blanc permettrait certainement de réduire le phénomène abstentionniste qui atteint aujourd’hui des proportions inégalées

. Avec la reconnaissance du vote blanc, on peut penser que certains des électeurs, qui ne se reconnaissent pas dans les candidats en lice et envisagent en conséquence de ne pas se déplacer pour voter, le feront désormais parce qu’ils auront la possibilité de faire entendre leur voix. De ce point de vue, le vote blanc apparaît comme une forme d’abstention civique, qui consiste à remplir son devoir de citoyen tout en manifestant son insatisfaction

Autres avis :
Dominique Reynié, chercheur au Cevipof
(http://www.tns-sofres.com/etudes/dossiers/presi2002/itv_reynie.htm)
Il existe également une seconde raison à cette hostilité  : on craint in fine que la reconnaissance du vote blanc entraîne son expansion électorale. On peut supposer, hypothèse favorable, que l’abstention diminuerait si l’électeur avait la possibilité de voter " blanc ", mais on peut également supposer, hypothèse défavorable, que la montée du vote " blanc " s’ajouterait à celle de l’abstention. Dans ce cas, les bases électorales des partis de gouvernement seraient plus fragiles encore.

Un citoyen
Dans l’état actuel des choses il est plus civique pour moi de m’abstenir que de voter blanc. 60% d’abstention font plus de bruit que des votes blancs non comptabilisés car noyés dans les votes nuls.

Une conception utilitariste du droit de vote arrêter une décision

Contre
La négation du vote blanc se rattache à une certaine conception du suffrage selon laquelle celui-ci a pour finalité d’arrêter une désignation, en cas d’élection, ou une décision, dans le cadre du référendum.
Pour parvenir à ce résultat, les règles qui le régissent doivent favoriser la constitution de majorités positives. La prise en compte du vote blanc est dans cette optique jugée dangereuse. On craint que l’augmentation du vote blanc aboutisse à la formation de " majorités négatives " et remette en cause la finalité de l’élection

M. Jean-François Copé, Secrétaire d’Etat  : Une élection démocratique n’est pas une simple mesure de l’opinion : un scrutin n’est pas un sondage. On ne vote pas pour soi, mais dans l’intérêt de la société
M. Guy Geoffroy : Je reviens sur la notion de " suffrages exprimés ". Ces suffrages permettent, à l’issue du scrutin, de dégager une décision. Or, on nous propose de promouvoir une expression vide de contenu. C’est paradoxal.
M. Étienne Blanc Mais le plus grave est qu’en proposant un bulletin blanc on propose un non-choix aux citoyens, ce qui affaiblit la démocratie. Voter, c’est prendre parti, sinon pour le candidat idéal au moins pour celui dont les idées sont les plus proches des vôtres. Prévoir de mettre à disposition des bulletins blancs, prévoir de comptabiliser les votes blancs, c’est aller dans le sens de cette association qui a créé le parti blanc, c’est risquer d’inciter au non-choix. Devra-t-on, par la suite, prévoir le financement public de ce parti, qui rassemble précisément ceux qui ne veulent pas prendre parti ?

Pour :
Cette conception repose sur une vision utilitariste du droit de vote. Or celui-ci doit aussi permettre aux citoyens d’exprimer leurs opinions, fussent-elles contestataires. Cette conception s’explique également par la sacralisation de l’acte électoral. Le vote est considéré comme un acte d’intégration à la Nation ; les formes non conventionnelles de participation politique sont ainsi mal considérées.
La reconnaissance du vote blanc apparaît d’autant plus nécessaire que le choix des électeurs est contraint par le jeu des partis politiques.

- Le monde politique semble avoir peur de l’électeur qui, par son vote blanc, rejette tous les candidats. Il est préférable que les électeurs aient le droit de s’exprimer, le vote blanc leur permettant de participer à la vie politique

...Ce n’est qu’à partir de la fin du XIXe siècle que les partis politiques se sont chargés de sélectionner des candidats et il est intéressant de noter que le vote blanc se pratiqua peu jusqu’en 1877.

La légitimité des élus

Contre
Le président Pascal Clément a d’emblée souligné que les élus seraient privés de ce qui constitue, dans l’esprit des électeurs, un aspect fondamental de leur légitimité, à savoir la majorité absolue des suffrages exprimés. . Il a considéré, en conséquence, que, loin de favoriser la participation, une telle proposition risquait au contraire de perturber l’électorat, de fragiliser les élus et d’aggraver la désaffection populaire à l’égard du vote.
M. Jean-François Copé, Secrétaire d’Etat
Des formations politiques hostiles aux institutions ou souhaitant exercer un chantage sur l’issue du scrutin, voire des citoyens désirant exposer des revendications catégorielles ou locales ne manqueraient pas d’inciter au vote blanc.
La comptabilisation des votes blancs affaiblirait l’autorité du candidat élu. Dans une démocratie où beaucoup s’expriment contre les valeurs de la République, on voit les risques d’interprétation négative dans le cas où un candidat gagnerait avec moins de la moitié des voix. Sa légitimité pourrait être contestée tout au long de son mandat.

Pour
Mais cette conception est extrêmement réductrice  : dans une démocratie, le droit de vote doit également permettre aux citoyens d’exprimer leurs opinions
La légitimité d’un élu sera d’autant plus grande que le taux de votes blancs sera faible.
La légitimité d’un élu est-elle plus grande quand le taux d’abstention est élevé ou lorsque c’est le taux de votes blancs qui est élevé ?

Blocage des institutions, un risque à relativiser

Contre
Selon ses opposants, l’intégration des bulletins blancs au sein des suffrages exprimés risquerait d’entraîner le blocage des institutions.

Pour
Ce risque ne doit pas cependant être surestimé.
La reconnaissance du vote blanc est légitime et pourrait justifier que certaines règles de notre droit électoral soient modifiées pour en tenir compte, sans que nos institutions actuelles n’en soient bouleversées

Incidence de la prise en compte du vote blanc selon les élections

  • Scrutin majoritaire à deux tours

(Sont concernés : les élections présidentielles, législatives, sénatoriales, cantonales, et municipales dans les communes de moins de 3 500 habitants)

Contre
M. Jean-François Copé, Secrétaire d’Etat Aux élections au scrutin majoritaire à deux tours, et en particulier aux élections législatives, le décompte des bulletins blancs parmi les suffrages exprimés aurait pour premier effet d’élever le seuil de la majorité absolue.
M. Alain Ferry : ce dispositif compliquerait le processus de désignation des élus : lors d’élections au scrutin majoritaire à deux tours, la prise en compte du vote blanc dans les suffrages exprimés conduirait à la multiplication des seconds tours et affaiblirait la légitimité des candidats élus. Il faudrait même, au premier comme au second tour, constater la vacance des sièges à pourvoir au cas où le nombre des bulletins blancs serait supérieur à la majorité.

Pour les élections municipales dans les communes de 3 500 habitants et plus et pour les élections régionales, qui comportent une dose de représentation proportionnelle, [la prise en compte du vote blanc] pourrait en outre engendrer une diminution du nombre des listes admises à la répartition des sièges, le seuil actuel étant fixé à 5 % des suffrages exprimés.

Pour
Mais, ce seuil, qui devrait être prochainement modifié pour les élections régionales, pourrait être ajusté

L’intégration des bulletins blancs aux suffrages exprimés peut influencer le déroulement des élections au scrutin majoritaire à deux tours. Elle a pour effet d’élever le chiffre de la majorité absolue et pourrait ainsi conduire à tenir plus de seconds tours, ce qui n’est pas dramatique en soi. Les adversaires de la prise en compte du vote blanc prétendent, en outre, que l’on risquerait de se trouver dans une impasse juridique, dans l’hypothèse, peu probable, où le nombre de bulletins blancs représenterait la majorité absolue des suffrages au premier tour ou la majorité relative au second. Ils affirment qu’alors aucun candidat ne pourrait être proclamé vainqueur. Cet argument ne semble pas pertinent. Si les bulletins blancs représentent la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour, il sera procédé à un second tour. Au second tour, quelle que soit l’importance du vote blanc, le candidat qui aura obtenu le plus de suffrages sera élu.

 

  • Election présidentielle

Pour
La seule véritable difficulté juridique concerne l’élection présidentielle. L’article 7 de la Constitution prévoit que le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si cette condition n’est pas réalisée au premier tour, elle doit l’être au second. Au second tour de scrutin, ne peuvent se présenter que " les deux candidats qui, le cas échéant après retrait de candidats plus favorisés, se trouvent avoir recueilli le plus grand nombre de suffrages au premier tour ". Si les bulletins blancs entrent dans le décompte des suffrages exprimés, il peut arriver au second tour qu’aucun candidat n’obtienne la majorité absolue. Les solutions à ce problème existent : il suffirait de modifier la Constitution pour prévoir qu’au second tour la majorité relative suffit. Certains objectent que cela amoindrirait la légitimité du président nouvellement élu. Mais, la reconnaissance du vote blanc part du postulat selon lequel il vaut mieux que la réalité soit clairement affichée

Contre
M. Jean-François Copé, Secrétaire d’Etat  :
On conçoit aisément que, si les bulletins blancs entrent dans le décompte des suffrages exprimés, et donc dans le calcul de la majorité absolue, ils joueront automatiquement au premier tour à l’encontre du candidat arrivé en tête, son élection étant ainsi rendue plus difficile. Plus grave  : il pourrait très bien arriver qu’au second tour aucun des candidats n’obtienne la majorité absolue, surtout si les deux adversaires ne sont séparés que par un nombre de voix réduit. Il ne s’agit pas d’une hypothèse d’école ; pour qu’elle se réalise, il suffirait que votent " blanc " les électeurs d’un candidat éliminé à l’issue du premier tour. A cause de cette consigne de vote, on se trouverait alors dans la situation ubuesque où aucun des deux adversaires ne pourrait alors être proclamé élu

M. Émile Zuccarelli Imaginez l’hypothèse d’un troisième tour nécessaire après un deuxième qui aurait donc pour résultats : Le Pen : 18 %, Chirac : 30 %, votes blancs : 52  %.
Le Président de la République pourrait-il parler au nom de la France avec l’affichage sacralisé des votes " blancs " ?
[ndlr par ailleurs qui prendre pour le troisième tour ? Le troisième et le quatrième du premier tour ?]
Quant à l’élection du chef de l’Etat, la réforme que vous proposez impliquerait une modification de l’article 7 de la Constitution, qui prévoit que le Président de la République est élu à la majorité absolue. Voilà qui est bien compliqué, pour un bien faible résultat.

  • Vote blanc et élection à la représentation proportionnelle

M. Jean-François Copé, Secrétaire d’Etat Argument technique, enfin : dans le cas des élections à la représentation proportionnelle, les sièges sont attribués à des listes, proportionnellement au nombre de voix qu’elles ont obtenues ; que les bulletins blancs soient comptabilisés ou non parmi les suffrages exprimés ne modifie en rien la répartition mathématique des sièges entre les listes en présence

  • Référendum

En cas de référendum, la prise en compte des bulletins blancs dans les suffrages exprimés rendra plus difficile l’adoption du projet, qui doit être approuvé à la majorité des suffrages exprimés. Il ne pourra en être ainsi que si les bulletins " oui " sont supérieurs au nombre de bulletins blancs et " non " réunis. Voter blanc élève le seuil de la majorité des suffrages à atteindre pour l’adoption du projet, mais il serait réducteur de considérer qu’il équivaut à voter " non ".

Pour
Alors qu’il lui est hostile en général, le professeur Guy Carcassonne a bien souligné l’intérêt du vote blanc pour le référendum : " Le seul cas dans lequel on pourrait envisager de donner une véritable force juridique aux bulletins blancs, c’est le cas du référendum. Si, par exemple, on constate qu’il y a un pourcentage " x " de bulletins blancs, éventuellement supérieur aux " oui " ou aux " non ", on pourrait considérer que la question est réputée n’avoir pas été posée ; et ce serait parfaitement légitime. Des gens qui diraient : " cette question n’a aucun intérêt " ou " nous récusons les termes dans lesquels elle a été posée donc nous votons blanc" " (6).

Contre
M. Jean-François Copé, Secrétaire d’Etat Dans le cas d’un référendum, le projet ne pourrait être adopté que si le nombre de bulletins " oui " était supérieur au nombre de bulletins " non " et " blancs " réunis. Il pourrait même être rejeté si aucun électeur n’avait voté " non ", dès lors que les votes " blancs " l’emporteraient sur les votes " oui ". Ainsi, par un curieux paradoxe, voter " blanc " reviendrait à voter " non ".
Quid d’un référendum à 40 % de oui, 30 % de non et 30 % de blancs " sacralisés " ?

[ndlr : Il ne serait tout simplement pas adopté]

 

Impact financier pour les formations politiques

Enfin, il faut souligner que la prise en compte du vote blanc dans les suffrages exprimés pourrait avoir un impact financier sur certaines formations politiques, puisque l’accession au remboursement des frais de campagne est conditionnée à l’obtention d’un résultat égal à 5 % des suffrages exprimés (7). Mais, là encore, les règles peuvent être modifiées.

Machine à voter

Il faut noter que le code électoral prévoit déjà l’hypothèse d’une comptabilisation spécifique des bulletins blancs dans le cadre de l’utilisation des machines à voter. Son article L. 57-1 prévoit en effet que les machines à voter, qui pourront être utilisées dans certaines communes, devront permettre l’enregistrement d’un vote blanc et sa totalisation, les votes nuls étant pour leur part rendus impossibles

La mise à la disposition des électeurs de bulletins blancs

Actuellement, les électeurs qui souhaitent voter blanc doivent eux-mêmes confectionner leur bulletin

L’article premier de la présente proposition complète l’article L. 58 du code électoral afin d’obliger le maire à mettre à la disposition des électeurs des bulletins blancs en quantité suffisante. Il indique ainsi que leur nombre devra correspondre à celui des électeurs inscrits.

La présente proposition ne précise pas en revanche à qui incombera le coût de la confection des bulletins blancs. En s’inspirant des textes déposés par MM. Thierry Mariani et Dominique Paillé, le rapporteur estime donc souhaitable de la compléter pour prévoir, à l’article L. 69 du code électoral, que les frais de fourniture des bulletins blancs seront à la charge de l’État. Compte tenu de l’irrecevabilité financière d’une telle initiative, au regard de l’article 40 de la Constitution, un amendement de cette nature ne pourrait être déposé que par le Gouvernement

Contre
M. Jean-François Copé, Secrétaire d’Etat Le Gouvernement ne s’est pas opposé à la comptabilisation des bulletins blancs En revanche il ne peut se résoudre à encourager les électeurs à voter blanc en mettant à leur disposition des bulletins prévus à cette fin, d’autant que les enquêtes d’opinion nous enseignent qu’ils sont de plus en plus nombreux à ne pas avoir encore arrêté leur choix la veille du scrutin. Ce serait institutionnaliser la défiance vis-à-vis de l’offre politique.

L’affaire du bulletin blanc me paraît reposer sur le même principe de la fausse bonne idée. En mettre à la disposition des électeurs, c’est les encourager à voter blanc. Loin d’aboutir à une meilleure lisibilité du scrutin, vous allez le rendre encore plus incompréhensible !

M. Christian Vanneste a fait état de son hostilité à l’encontre d’une disposition qui revient à reconnaître la même valeur au vote blanc qu’au vote pour un candidat ; il a considéré que l’obligation de fournir des bulletins blancs de même format que ceux des candidats contribuerait à la dévalorisation du débat public et des hommes politiques. Il a rejeté l’idée de mettre sur le même plan l’expression d’un mécontentement, souvent conjoncturel, et le vote pour un candidat qui défend des positions.

Il a rappelé que les pays les plus démocratiques connaissaient une forte abstention, sans que l’on puisse considérer, pour autant, que leurs institutions étaient en péril.

M. Patrick Delnatte a observé que la mise à disposition de bulletins blancs devrait impliquer, selon une logique qu’il récuse, la modification des règles de campagne et de propagande pour donner au vote blanc la même importance que les autres votes

Pour

M. Bernard Roman a insisté sur l’objet essentiel du dispositif, qui est de faire revenir les électeurs dans les bureaux de vote  ; il a jugé peu convaincants les arguments de M. Patrick Delnatte, en rappelant que la prise en compte des votes blancs était pratiquée dans de nombreuses démocraties sans que des modalités particulières de propagande ne soient nécessaires

 

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